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monjangaia

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C'est un blog d'informations et d'analyses sur l'actualité internationale en général, et, malgache, en particulier.


Crise malgache: au bord du gouffre!

Publié le 30 Mai 2013, 01:39am

Près d'un mois après la publication par la Cour Électorale Spéciale (CES) de la liste officielle des candidats à l'élection présidentielle du 24 juillet prochain, la crise politique malgache se retrouve à un point critique. A moins de 2 mois du scrutin censé sortir le pays de cette crise de plus de 4 ans, la situation politique semble tendue; les élections semblent compromises et on s' achemine plus vers un report que vers le maintien des dates. De son côté, la communauté internationale hausse le ton et brandit la menace de suspension de financement et la non reconnaissance des élections sans le retrait de 3 candidatures, à savoir celle de Andry Rajoelina, Président actuel de la Transition, celle de Lalao Ravalomanana, épouse de l'ancien Chef d'Etat déchu et celle de Didier Ratsiraka, ancien Président de la République. Trois candidatures par lesquelles sont issues les tensions actuelles.

Tout commence en ce début d'après-midi du 03 mai 2013 lorsque la CES a validé la candidature de Andry Rajoelina. Dans sa forme et dans son fond, cette candidature prête polémique. Dans sa forme d'abord, elle est intervenue bien au-delà de l'heure ou de la date butoir de dépôt, c'est sans conteste. Dans le fond, le chef de la Transition n'a pas tenu sa parole, celle de ne pas se présenter en contrepartie pour Marc Ravalomanana de rester en exil et de ne pas rentrer avant les élections, donc de ne pas se présenter non plus. Mais, on  s' imaginait que la candidature de Lalao Ravalomana, l'épouse de l'ancien Président de la République allait entretenir des troubles; elle, qui, rappelons-le, a été autorisée à rentrer au pays contre un devoir de réserve sur la politique pour pouvoir se rendre au chevet de sa mère gravement malade. La mouvance de son mari l'a choisie comme candidate à des fins stratégiques mettant le pouvoir sur le fait accompli en compensation de l'exil de leur chef (voir article par ailleurs). Pour Rajoelina, la mascarade de candidature de Lalao Ravalomanana signifie une rupture de l'engagement qu'il a pris avec Ravalomanana vis-à-vis de la communauté internationale. Le dépôt tardif de sa candidature démontre le dilemme qu'a posé la candidature de "Neny"* à Andry Rajoelina et à ses conseillers: tenir son engagement face à la Nation et à la communauté internationale et laisser le champ libre à la mouvance Ravalomanana et à certains dissidents, compagnons de lutte d'hier ou risquer de tomber dans le discrédit en se présentant coûte que coûte, quitte à endosser la responsabilité d'avoir contribué à torpiller les élections. Son choix, à présent, on le connaît ainsi que les conséquences qui en découlent.

Retrait des 3 candidatures

La communauté internationale n'a d'ailleurs pas tardé à réagir en dénonçant des irrégularités sur la décision de la CES, et plus tard, tranchait même dans le vif en exigeant le retrait des candidatures de Andry Rajoelina, de Lalao Ravalomanana et de Didier Ratsiraka. Andry Rajoelina, pour des raisons qu'on connaît; Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka sur le fait qu'ils ne remplissent pas l'une des conditions d'éligibilité à savoir résider sur le territoire malgache pendant plus de 6 mois avant la date du scrutin. Mais la raison est beaucoup plus politique, tout autant que pour Andry Rajoelina, pour ces deux candidats.  La candidature de Lalao Ravalomana reflète l'ombre de son mari et tacitement pour la communauté internationale, c'est une rupture aux engagements pris. Quant à Didier Ratsiraka, il apparaît comme l'instigateur du dialogue malgacho-malgache pour la réconciliation nationale, initié par le FFKM et qui, dès le départ, avait déjà demandé à repousser les élections. 

Une CES discréditée

Mais là où le bât blesse, c'est la décision de la CES. Fustigée de toutes parts, la juridiction chargée de statuer sur les affaires électorales justifie sa décision sur l'esprit inclusif stipulé par la feuille de route. Certes, en considérant la feuille de route comme partie intégrante du Droit positif malgache, la décision peut se justifier. Mais, à l'heure où Madagascar est en quête de stabilité et du rétablissement de l'ordre constitutionnel, l'occasion se présentait pour la CES de montrer une attitude exemplaire sur l'application des lois. Elle n'a pas été assez courageuse pour affronter les différentes pressions. Et à travers sa décision à caractère politique que juridique, elle s' est manifestement discréditée. Comment peut-on en effet se fier à une juridiction censée prononcer les résultats électoraux mais qui viole elle-même la loi?

Néanmoins, la communauté internationale n'est pas, non plus, exempte de responsabilités dans la situation actuelle du pays. Elle a toujours été floue dans sa position qu'on peut qualifier à "géométrie variable" tout au long de la résolution de cette crise malgache. Rappelons que c'est la communauté internationale qui a imposé la feuille de route, ratifiée par le Parlement et sur laquelle s' est basée en grande partie la CES dans sa décision; c'est-à-dire, permettre à tout citoyen de se porter candidat aux élections. Aujourd'hui, elle se contredit en menaçant de bloquer le processus électoral par la suspension de son financement ou encore la non-reconnaissance des résultats qui y découleront sans le retrait de certains candidats. La communauté internationale souhaite garder ainsi sa logique et sa ligne directrice dans le respect du "ni, ni"** pour l'apaisement politique vers une voie démocratique libre, transparente et reconnue par tous.

Andry Rajoelina se retire si...

Mais force est de constater qu'on n'est pas plus avancé aujourd'hui. On s' achemine davantage vers un report des élections, repoussant une fois de plus la Transition. Car la situation actuelle s' apparente plus à un statu quo. Et tout le monde y trouve son compte malgré la pression internationale. Andry Rajoelina verra la transition se prolonger en bénéficiant d'une latitude pour recomposer son camp miné par la défection; la mouvance Ravalomanana et Didier Ratsiraka auront obtenu le report des élections pour pouvoir voir venir, en espérant un éventuel retour au pays pour Ravalomanana et en instaurant le fameux dialogue malgacho-malgache pour la réconciliation nationale afin de redéfinir une nouvelle transition avant toute élection pour Ratsiraka. Quoi qu'il en soit, seule la communauté internationale, même au nom de la souveraineté nationale, devra avoir le dernier mot. Madagascar ne constitue pas encore une force diplomatique conséquente sur le plan international pour se passer de l'appui de la communauté internationale tant sur le plan politique qu'économique. Si elle se retire du processus électoral, Madagascar s' engoufrera dans une crise politique sans fin sans compter le désastre économique que cela engendrera pour le pays. Mais tant qu'elle brandit sa menace, elle pèsera sur le processus de sortie de crise. Toutefois, seul Andry Rajoelina a accepté de se retirer si les 2 autres candidats en font de même. Mais pendant ce temps, la crise perdure et mène petit à petit le pays vers un gouffre.

*"Neny": Littéralement signifie "Mère". Appellation donnée à Lalao Ravalomanana par les partisans de la mouvance Ravalomanana, pendant de "Dada" ou "Père" attribuée à Marc Ravalomanana.

**"ni, ni": Diminutif signifiant "ni la candidature de Marc Ravalomanana, ni celle de Andry Rajoelina à l'élection présidentielle.

Eddy Rabe

Poignée de mains entre Andry Rajoelina (à gauche), le Président de la Transition à Madagascar, et, Marc Ravalomanana, le Président qu'il a chassé du pouvoir en mars 2009. A travers cette image de façade, les deux protagonistes à la crise malgache n'ont jamais su joindre leurs paroles aux actes entraînant le pays dans un gouffre politique et économique.

Poignée de mains entre Andry Rajoelina (à gauche), le Président de la Transition à Madagascar, et, Marc Ravalomanana, le Président qu'il a chassé du pouvoir en mars 2009. A travers cette image de façade, les deux protagonistes à la crise malgache n'ont jamais su joindre leurs paroles aux actes entraînant le pays dans un gouffre politique et économique.

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