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C'est un blog d'informations et d'analyses sur l'actualité internationale en général, et, malgache, en particulier.


Crise politique malgache: vers un mois d'août de toutes les attentes.

Publié le 5 Août 2013, 21:57pm

On appréhendait la semaine dernière la visite des représentants du GIC-M (Groupe International de Contact pour Madagascar) conduits par l'ancien Président de la Mozambique, Joachim Chissano et le Commissaire de l'Union Africaine à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra. En effet, cette visite aurait pu être porteuse de sanctions sur la non-application, au-delà du 31 juillet, du plan à sept points que la communauté internationale a imposé à la classe politique malgache afin de sauver le processus électoral de sortie de crise. Sur les sept points énoncés dans le plan, seule la restructuration de la Cour Électorale Spéciale (CES) a été adoptée. Le retrait des 3 candidatures controversées, à savoir, celles de Lalao Ravalomanana, de Didier Ratsiraka et de Andry Rajoelina, à l'origine du blocage du processus électoral n'a pas été respecté. Toutefois, au lieu de faire appliquer les sanctions qu'elle a brandies, la communauté internationale, par l'intermédiaire de Joachim Chissano, a joué l'apaisement en laissant encore plus de temps aux 3 candidats pour bien réfléchir à la situation et prendre les décisions en conséquence. L'ancien Président mozambicain s'est d'ailleurs félicité de l'avancée constatée pour la sauvegarde du processus électoral par l'adoption de la restructuration de la CES, qui devrait, à terme, proclamer une nouvelle liste des candidats à la présidentielle. Une liste sur laquelle la communauté internationale mise beaucoup et qui devrait, selon son souhait, exclure les candidats qui ne remplissent pas les conditions légales pour se présenter, entre autres, Lalao Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Andry Rajoelina. Il a également laissé entendre que lors des entretiens qu'il avait entrepris avec les protagonistes de la crise, notamment avec les 3 candidats indésirables ou leurs représentants, des retraits sont espérés sans néanmoins préciser lesquels et que l'élection présidentielle pourra encore être possible pour cette année 2013. Il se murmure que le Président de la Transition, Andry Rajoelina aurait donné sa parole en ce sens à la communauté internationale. Les jours et les semaines à venir vont donc être déterminants dans le processus électoral. La CES recomposée verra certainement le jour dans la semaine voire la suivante et avec elle, la nouvelle liste sera dévoilée. Une liste de toutes les attentes sur laquelle dépendra le sort des élections donc de la sortie de crise et de l'avenir de tout un pays avec plus de 20 millions d'âmes dont les 90% vivent dans une extrême pauvreté.

La question qui taraude tous les observateurs politiques en ce moment est la suivante: la nouvelle CES aura-t-elle le courage d'écarter les candidatures de Lalao Ravalomanana, de Didier Ratsiraka et de Andry Rajoelina quand elle proclamera la nouvelle liste des candidats à la présidentielle? En principe oui, car son fondement est censé réparer l'erreur de la précédente cour, c'est-à-dire, prendre des décisions strictement juridiques et de ce fait, exclure tout candidat ne remplissant pas les conditions légales. Qu'adviendra-t-il ensuite une fois la liste publiée sans que ces 3 candidats n'y figurent? La question mérite d'être posée car à part Andry Rajoelina où sa position reste très variable, Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka ont juré dur comme fer qu'ils ne se retireraient pas. En effet, ces deux candidats avancent l'autorité d'une juridiction d'un pays souverain tel que Madagascar, d'autant que la décision de la CES est sans appel ne peut souffrir d'aucune voie de recours. Leur argument est tout à fait légitime bien que sur le plan juridique et de la légalité, il peut y avoir encore débat. Mais il ne faut pas oublier qu'en publiant la liste le 03 mai dernier, l'ancienne CES s'est fondée sur des principes politiques dans la recherche de l'apaisement. En restant toujours sur les mêmes principes, sa restructuration, d'ailleurs réclamée par l'ensemble de la classe politique malgache, va également dans le sens de l'apaisement dans la mesure où les principaux protagonistes à la crise que sont Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana ont tous les deux accepté de ne pas se présenter à l'élection présidentielle. Certes, d'une manière officieuse mais c'étaient des engagements pris devant la communauté internationale par des hommes censés être responsables. Et c'est là où tout semble bloqué au vu des candidatures de ces 3 personnalités. Non seulement elles ne remplissent pas les conditions légales mais par principe ces 3 candidats ne reflètent pas l'esprit au retour à l'ordre constitutionnel tant souhaité pour Madagascar. Et voici pourquoi.

Esprit de la transition

Pour Andry Rajoelina d'abord. Rappelons que son accession au pouvoir suite à la fuite de Marc Ravalomanana après que celui-ci ait remis ses fonctions à l'Armée a été assimilée comme un coup d'Etat. Ce n'est qu'après de multiples négociations et de signatures d'accords politiques qu'il a été reconnu Chef d'Etat, président de la Transition. Cette fonction lui permet donc de diriger le pays, de par son statut de la plus haute autorité de l'Etat, vers de nouvelles élections pour doter Madagascar d'institutions démocratiques issues de la volonté du peuple. Intrinsèquement, sa fonction doit être la garante d'élections libres et démocratiques pour sortir le pays d'une crise politique et surtout assurer le retour à l'ordre constitutionnel comme l'était la Transition conduite par feu Guy Willy Razanamasy en 1991-1992. Dans cet esprit là, il ne peut se constituer candidat à l'élection présidentielle. Objectivement, on ne peut pas conduire une transition qu'on a volontairement causée pour ensuite se présenter à l'élection présidentielle et se faire élire par la suite. Il n'y a point de règle écrite là-dessus mais cela s'apparenterait toujours à un coup d'Etat. Partout ailleurs dans le monde là où les transitions démocratiques s'imposaient, ce scénario a toujours été respecté: en Guinée par exemple pour citer un exemple proche du cas malgache ou encore récemment au Mali (voir article par ailleurs: http://monjangaia.over-blog.com/article-andry-rajoelina-et-les-anciens-presidents-out-pour-la-presidentielle-75734008.html). Andry Rajoelina lui-même avait promis au tout début de sa prise de pouvoir qu'il ne se présenterait pas; puis solennellement, il l'a encore annoncé à l'approche du scutin avorté du 24 juillet avant de se raviser en ayant constaté la candidature de Lalao Ravalomanana.

Un leurre

Justement pour Lalao Ravalomanana ensuite. Elle a été désignée par la mouvance de son mari, ce qui est tout à fait légitime en étant une ressortissante malgache au-delà du fait qu'elle ne remplisse pas les conditions d'éligibilité car n'ayant pas résidé 6 mois consécutifs sur le sol malgache. Mais en la désignant, la mouvance Ravalomanana a implicitement rompu la parole donnée par son chef, celle de se tenir à l'écart de l'élection présidentielle en contrepartie de son retour au pays. Une promesse conjointement donnée par Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina à la communauté internationale pour sortir Madagascar de la crise dans ce qui a été appelé par la suite le principe du "ni, ni" (ni Ravalomana, ni Rajoelina). Lalao Ravalomanana n'a jamais fait de politique mais sa désignation relève d'une stratégie politique rondement menée pour faire revenir son mari au pouvoir. Il s'agit donc d'un leurre pour une "éventuelle candidature" de Marc Ravalomanana (voir article par ailleurs: http://monjangaia16.overblog.com/lalao-ravalomanana-candidate-la-mouvance-ravalomanana-fait-du-ravalomanana). La communauté internationale n'en est pas dupe d'autant qu'Andry Rajoelina a rompu lui aussi sa promesse en se présentant arguant justement la manipulation de Monsieur Ravalomanana derrière la candidature de son épouse. L'entourage proche du Président de la Transition ne l'a d'ailleurs jamais caché, c'est la candidature de l'ex-Première Dame qui a poussé leur protégé à se présenter ébranlant ainsi le principe du "ni, ni" (voir article par ailleurs:  http://monjangaia16.overblog.com/crise-malgache-au-bord-du-gouffre). Tout comme pour Andry Rajoelina, pour Lalao Ravalomanana, la condition non requise d'éligibilité ne consistue que la forme sur le principe pour la communauté internationale mais le fond revêt un caractère politique bien plus important.

Dommages collatéraux

Enfin pour Dider Ratsiraka, comme il l'a souvent répété, étant amnistié, il peut jouir de son droit fondamental, c'est-à-dire, de pouvoir se présenter à une élection de son pays. Ce qui est aussi légitime. Mais sa candidature subit les dommages collatéraux de la "fausse jurisprudence" de la CES en ayant accepté la candidature de Lalao Ravalomanana car tous les deux ne remplissent pas les 06 mois de résidence sur le sol malgache. Aussi, l'ancien Président de la République est désigné également comme l'un des protagonistes à cette crise à travers son statut d'ancien Chef d'Etat. Avec le Pr Albert Zafy, il a toujours été associé dans le processus de sortie de crise dès les origines des négociations et en tant que tel, la logique et surtout l'apaisement politique impose qu'il reste à l'écart de tout processus électoral. Sa candidature a  fait aussi remarquer une chose, celle de vouloir semer la zizanie. Didier Ratsiraka a toujours soutenu la réconciliation au sommet initiée par le FFKM pour une solution pérenne aux crises politiques chroniques que traverse le pays. Une initiative qui veut releguer les élections au second plan en redéfinissant une nouvelle transition. Mais c'est une position qui est diamétralement opposée à celles de la communauté internationale, de l'ensemble de la classe politique malgache ou de la société civile qui ne jurent que par les élections comme sortie de crise; la transition actuelle ayant déjà duré plus de 04 ans. D'où sa candidature se trouvant sur le banc des indésirables que ce soit pour la forme ou pour le fond.

Sens patriotique

Ainsi, sans le retrait volontaire de ces 3 candidats, ce qui est fort probable, la nouvelle CES va s'adjuger d'une lourde responsabilité. Mais déjà, sans être encore opérationnelle, elle fait l'objet de vives critiques, notamment sur sa composition, en y incluant des représentants des signataires de la feuille de route. Ce qui, aux yeux de certains, fera de ces représentants comme juges et parties lors des jugements électoraux. On reste attentif donc sur le cours des événements surtout sur la suite de la mise sur pied de cette fameuse CES et des premières décisions qu'il aura à rendre, notamment sur la liste des candidats à la présidentielle. Une chose reste sûre dans toutes ces incertitudes, le mois d'août nous délivrera le dénouement de cette crise politique malgache. Soit Madagascar verra des élections libres, démocratiques et reconnues par tous y compris la communauté internationale, soit le pays sombre dans un chaos indescriptible et dans un avenir incertain. La balle est dans le camp des politiques et de leur... sens patriotique.

Eddy Rabe

Un bureau de vote dans la ville de Majunga. Les Malgaches connaîtront-ils l'effervescence d'un bureau de vote cette année? C'est toute la question qui reste en suspens dans le courant de ce mois d'août.

Un bureau de vote dans la ville de Majunga. Les Malgaches connaîtront-ils l'effervescence d'un bureau de vote cette année? C'est toute la question qui reste en suspens dans le courant de ce mois d'août.

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