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C'est un blog d'informations et d'analyses sur l'actualité internationale en général, et, malgache, en particulier.


Pr. Alain Tehindrazanarivelo: "Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana bloquent la Transition."

Publié par Eddy Rabe sur 21 Juin 2012, 18:13pm

Pr. Alain Tehindrazanarivelo: "Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana bloquent la Transition."

Membre du Conseil Supérieur de la Transition et ancien Vice-Premier ministre chargé de la santé du gouvernement Vital, Alain Djacoba Tehindrazanarivelo a livré, lors d'une interview à l'Hebdo de Madagascar, son point de vue sur la crise politique malgache. Lors de cette interview, cet éminent professeur titulaire agrégé en neurologie, pointe du doigt les responsabilités des deux principaux protagonistes à cette crise, à savoir, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. Pour lui, la solution à la crise réside sur la volonté de ces deux chefs de mouvance à faire des concessions et à veiller au respect de la feuille de route pour l'intérêt supérieur de la Nation. A noter que Pr. Alain Tehindrazanarivelo a déjà occupé de hautes fonctions à Madagascar en ayant été conseiller technique au Ministère de la Recherche Scientifique en 1997 puis Secrétaire Général au sein du même ministère. Il a dû s'exiler en France en 2002 suite à la crise politique survenue en cette année et qui a marqué l'accession au pouvoir de Marc Ravalomanana. A cette époque, son exil relevait du fait qu'il fût le conseiller spécial du Gouverneur de la Province Autonome Majunga, Razafindehibe Etienne Hilaire, aujourd'hui ministre de l'enseignement supérieur. Il s'était totalement consacré à sa vocation lors de son exil en France en exerçant et en occupant une haute responsabilité dans un grand établissement hospitalier parisien. Il y était également le médecin personnel de l'ancien Président Didier Ratsiraka. Voici donc, les principaux points de cette interview.

L'Hebdo de Madagascar (HM): Selon vous, l'élection est-elle vraiment la solution à la crise actuelle?

Alain Tehindrazanarivelo (A.L.): La crise actuelle n'est pas le fruit du hasard. Et nous avons l'habitude de dire que c'est une crise politique qui entraîne une crise sociale et économique. Or, c'est le contraire qui est vrai. Notre crise politique a pris son origine dans l'existence des crises sociales et économiques. Mais, c'est parce que cette crise politique n'a que trop duré, elle finit par aggraver les problèmes qui l'ont engendrée.

HM: Alors, qu'avons-nous exactement aujourd'hui?

A.L.: L'aggravation des crises sociales et économiques nous ramène au point de départ de notre crise politique. Donc, nous devons voir qui sont les deux principaux protagonistes au début de cette crise. Nous sommes obligés de nous tourner vers eux.

HM: Et l'élection dans cette démarche?

A.L.: Il y a quatre mois, j'avais demandé la tenue d'une élection dans un plus bref délai. Il y a quatre mois, je croyais que l'élection était la solution à tous les maux sociaux de notre société. Mias aujourd'hui, est-ce que cette solution est encore efficace pour résoudre les crises sociales et économiques de notre pays? Je ne crois pas. L'élection n'est plus qu'une étape à franchir pour aller vers une apix sociale.

HM: Que proposez-vous alors

A.L.: La crise politique a abouti à une escalade de viloences. Ce qui peut conduire à un bain de sang et à la destruction. Ce qui importe aujourd'hui, c'est de trouver un moyen pour éviter tout cela et non pas la tenue d'une élection. Il y a un problème dans le délai exigé pour la tenue d'une élection. La Commission Electorale Nationale Indépendante de la Transition (CENIT) affirme n'avoir besoin que de 196 jours. Selon elle, on peut organiser une élection au mois de novembre. Une élection législative. Les experts des Nations-Unies, quant à eux, pensent qu'avec le respect d'un délai de 234 jours, nous pouvons organiser l'élection que nous voulons. Même si cela veut dire que la prochaine élection va se faire en mois de janvier, en période de pluie. Un faux débat car cela ne va pas arrêter les révendications.

HM: Quelle est la solution alors?

A.L.: La solution est politique. Nous devons faire appel à la grandeur des deux adversaires initiaux de cette crise. Nous devons nous tourner à nouveau vers Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. Ils ont accepté de diriger la Transition ensemble alors qu'ils la bloquent. Ils doivent trouver une solution. Je n'ai pas de conseil à leur donner, ce sont des adultes. Ils doivent seulement assumer leurs responsabilités et être conscients que le pays se trouve en ce moment dans un tournant. Je voudrais rappeler que le cas de Philibert Tsiranana qui a été jugé par une Cour ordinaire à une heure indue et a dû répondre des charges liées aux événements de mai 1972. Il n'y a donc pas lieu à Andry Rajoelina de refuser le retour de Marc Ravalomanana, ni à ce dernier de contester l'applicabilité de l'article 45 de la feuille de route (respect de la souveraineté de la Justice malgache).

HM: Selon vous, devrait-on donc retourner sur la table de la négociation

A.L.: Mais il n'y a plus de débat à faire. Il n'y a rien à négocier. Il n'y a que des décisions à prendre de la part des deux grands belligérants. L'objectif, c'est l'arrêt de ce cycle de violences. On demande seulement de la bonne volonté de la part des deux chefs de mouvance.

HM: Marc Ravalomanana a déjà annoncé qu'il était prêt à aider le pays dès que son retour est autorisé par le Président de la Transition. Qu'en pensez-vous?

A.L.: Il s'agit d'une prise de décision. Les deux chefs de mouvance n'ont pas besoin de se rencontrer physiquement. Il n'y a pas de retour à la confrontation. Où qu'ils se trouvent en ce moment, rien ne les empêchede prendre une décision, en faisant une déclaration solennelle. Je les invite à prendre un engagement pour l'arrêt des violences actuelles. C'est la décision à prendre avant de voir loin

HM: Et qu'en est-il de la communauté internationale?

A.L.: Au mois d'octobre 2009, nous avons soumis une suggestion au Groupe International de Contact (GIC). Une suggestion tirée à partir des leçons du passé et que nous avons recueillie dans un ouvrage sorti en 2005. Nous sommes convaincus que la réconciliation des Malgaches n'a pas besoin des étrangers. "Laissons-nous nous casser la gueule entre nous mais ne vous immiscez pas dans nos affaires" avais-je suggéré aux membres du GIC. Entre Malgaches, une mésentente se termine toujours par une entente et une réconciliation. Le conflit sans merci n'est pas dans la culture malgache. Mais notre proposition a été rejetée par le GIC.

HM: Vous souhaitez donc que la communauté internationale s'abstienne de nous aider?

A.L.: Non, au contraire. Je demande l'aide de la communauté internationale pour parler aux bailleurs internationaux. La médiation des étrangers doit être placée entre les étrangers et la résolution de la crise malgache confiée aux Malgaches. Nous avons besoin des aides humanitaires et des aides au développement après la résolution de la crise. Et c'est là que devrait intervenir le GIC. Il facilitera les négociations avec les bailleurs de fonds.

HM: Après le rejet de votre proposition, que ressentez-vous aujourd'hui?

A.L.: Voyez vous-même la situation! Où sommes-nous maintenant? La feuille de route a été signée sans la mouvance Didier Ratsiraka. Puis, la mouvance Zafy Albert a posé des requêtes mais n'a pas obtenu de réponse jusqu'à aujourd'hui. D'où son refus d'intégrer la Transition. La mouvance Marc Ravalomanana a aussi déposé une requête il y a déjà un mois et demi. Et elle a décidé de suspendre sa participation à la Transition jusqu'à l'obtention d'une réponse de la part de la SADC. Et pour ce qui est du GIC, cela fait longtemps qu'ils n'ont pas tenu une réunion sur la crise à Madagascar.

HM: Revenons à l'élection, à part la détermination de la date et du genre d'élection à faire, il y a aussi question de prévention des crises post-électorales. Que suggérez-vous?

A.L.: Ce qu'il nous faut, c'est une élection crédible exempte de toutes fraudes. C'est un des défis qui nécessitent l'appui de la communauté internationale. Il faut d'abord un accès total à la CENIT aux candidats aux élections. Ensuite, il faut établir une liste électorale fiable. Les crises post-électorales résultent de la contestation des résultats des élections. Pour l'éviter, il suffit d'instaurer un climat de confiance et de transparence au sein de la CENIT.

Interview recueillie par EDDY RABE.

Professeur Alain Tehindrazanarivelo

Professeur Alain Tehindrazanarivelo

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