C'est un blog d'informations et d'analyses sur l'actualité internationale en général, et, malgache, en particulier.
Aujourd'hui 03 mai, journée mondiale de la liberté de la presse, l'occasion m'est donnée pour adresser toute ma solidarité, mes encouragements, mon admiration et toute ma reconnaissance envers tous les journalistes du monde entier. Mes amis, vous exercez un noble métier; un métier difficile qui requiert beaucoup de qualités, autant intellectuelles que physiques. Vous êtes des milliers, de par le monde, à faire preuve de courage et d'abnégation à braver les pressions de toutes sortes et les dangers des terrains d'investigation. Grâce à votre force mentale, vous faites partie des principaux acteurs à faire bouger le monde et à dénoncer les injustices de toutes sortes. Sachez avant tout que vous n'êtes pas seuls et vos efforts pour informer et pour faire, à tout prix, ressurgir une vérité et une justice ne seront jamais vains. Par ailleurs, je m'incline devant la mémoire de tous ceux qui ont perdu leur vie pour avoir servi la presse et sa liberté. A leurs proches et à leurs familles, j'adresse ma compassion et je partage leurs peines. Mes pensées vont également à l'endroit de tous les journalistes quels qu'ils soient, où qu'ils soient, qui, n'ayant comme crime que d'exercer son métier, sont victimes d'emprisonnement, de captivité ou d'oppression.
J'adresse tout particulièrement ma solidarité et mes encouragements envers les journalistes de Madagascar. Madagascar, un pays où, jadis, j'ai servi le journalisme. Je ne suis plus, hélas, titulaire d'une carte de presse mais je n'ai cessé de porter un regard attentif et intéressé sur la liberté de la presse et la vie médiatique malgache. Il ne faut pas oublier que la liberté de la presse à Madagascar a été obtenue au prix de grands sacrifices et de lourds tributs constituant, de ce fait, un acquis précieux qui doit être jalousement protégé.
Hélas, mille fois hélas, elle reste encore aujourd'hui de vains mots. Ironie du sort ou simple coïncidence, j'ai appris ce matin la mise en examen de deux journalistes (à qui, d'ailleurs, j'adresse mon soutien et ma solidarité) appartenant à la radio Free FM suite à la plainte d'un opérateur économique proche du pouvoir, cité par lesdits journalistes, comme impliqué dans un trafic de bois de rose. Il est tout à fait normal et c'est dans les droits les plus absolus de cet opérateur économique de porter plainte s'il estime que ses droits sont bafoués. Les journalistes sont d'ailleurs régis par la déontologie et peuvent être passibles de sanctions prévues par le Code civil. Mais, mettre en garde à vue de 48 heures à 23 heures du soir 2 journalistes parce qu'ils ont, soi-disant, diffusé de fausses informations, relève, je trouve, d'une mesure coercitive et d'une entorse à la démocratie et à la liberté de la presse. La justice est là pour mener des enquêtes et trancher en son âme et indépendance. Et au cas où les informations sont prouvées fausses ou inexactes, il lui appartiendra d'enjoindre aux journalistes de réparer le préjudice subi par le plaignant. Tenez, par exemple, en ce moment, la justice française a ouvert une enquête suite à une plainte déposée par Nicolas Sarkozy sur le financement de sa campagne en 2007 par le pouvoir de Mouammar Kadhafi dévoilé par le site Médiapart. A ma connaissance, aucun journaliste n'a été inquiété pour détention ou emprisonnement sur cette affaire. On devrait peut-être s'en inspirer.
Je tiens à m'adresser à Monsieur Le Ministre de la Communication, à mon ami Rolly Mercia. Cet ami qui s'est toujours rebellé contre toutes les formes d'injustice dans le monde de la presse malgache. Cet homme que j'ai tant admiré pour sa force de caractère et qui a consacré sa carrière de journaliste dans la défense du métier et la liberté de la presse malgache. Je tiens donc à rappeler à cet ami ses engagements quand il a pris les rênes du ministère. Il s'est notamment engagé à garantir la liberté totale de la presse, à veiller à ce qu'aucun journaliste malgache n'encoure des sanctions pénales. Aujourd'hui, mon ami, je m'aperçois, malheureusement, que vous vous êtes un peu égaré de ces engagements. Mais je n'ai aucun doute sur vos convictions sur la liberté de la presse et je ne pense pas, pour autant, qu'elles ont été entamées par vos fonctions politiques. Ces fonctions politiques tentent tout juste de vous entraîner dans ses travers; mais, j'ose imaginer que vous êtes assez trempé pour ne pas tomber dans ce piège. Je tiens tout simplement à vous rappeler votre vocation première. Elle se sent en danger et a besoin de vous pour la protéger.
EDDY RABE
Discret, on ne pouvait imaginer que cet homme, à l'allure débonnaire, pas trop grand, les cheveux tantôt en coupe "afro", tantôt en dreadlocks toujours accompagnés d'un couvre-chef, faisait vibrer toute une foule lors de ses soirées dansantes ou concerts. Pourtant, c'était bien le cas. Dr JB, de son vrai nom Justin Andrianambiny Bezara, avait bâti sa renommée en ayant su allier le "salegy" avec une touche de modernité sans pour autant renier le rythme de base. Depuis sa découverte sur la scène du show-biz malgache au début des années 90, les albums de Dr JB et de ses troupes ont toujours fait l'effet d'un événement sur la société malgache. Ce que beaucoup ne savaient pas à l'époque, c'est que l'homme avait déjà accumulé une longue expérience dans sa vie d'artiste. D'abord, tout commença véritablement pour lui à la fin des années 70, début des années 80. Le jeune Justin intégra le groupe "Liberty" du Grand Maître Tianjama. Il était à la fois batteur et choriste, et interprétait même des chansons dans les soirées dansantes. Très vite, il se démarqua du groupe et en devint l'un des leaders après Tianjama. Ils sillonnaient toute la partie nord de Madagascar, et à travers ces tournées, le nom de JB commençait à se faire connaître. Le groupe "Liberty" ayant d'ailleurs connu un succès national avec le tube "Soanada", que ses représentations, même dans les villages les plus reculés de cette partie du pays, ne passaient pas inaperçues. Mais pour des raisons personnelles et d'une certaine divergence de points de vue avec le groupe, JB décida de faire un break.
"Bwana Moussa"
Il se déconnecta du monde de la musique et beaucoup y voyaient une fin de carrière précipitée. Mais quand on est passé par "Liberty", on est passé par une grande institution de formation. La musique sommeillait en lui, et durant son break, il s'est découvert un autre talent, celui de parolier. Puis vint le jour où un opérateur chinois d'Andapa eut la bonne idée de lui confier les rênes d'un orchestre. Naquirent alors les "Batmen Music"; groupe composé de musiciens talentueux, récupérés pour la plupart des "Liberty", et au sein duquel on comptait le virtuose de la guitare Jean Rakoto, de l'ancien groupe "The Smokers" de Roger Georges. La composition de tous ces talents ajoutée aux paroles écrites par JB fit mouche. La sortie de l'album "Bwana Moussa" fut un succès, le groupe fit salle comble à chaque sortie et JB acquit un statut de leader affirmé et respecté. Le nom de JB résonna partout quand on évoqua le "salegy". Il eut, dès lors, franchi un palier dans sa carrière. Mais aussi invraisemblable qu'il n'y paraisse, les "Batmen Music" n'ont pas duré trop longtemps malgré leur succès. Toutefois, JB, devenu entre-temps, Dr JB (celui qui guérit par sa musique. En fait, le Dr provient d'une erreur du studio d'enregistrement. JB et un autre artiste, dénommé Jidéh, qui, lui, est réellement médecin et installé depuis en France, ont enregistré dans le même studio à la même période. Une erreur sur la consonance s'est glissée lors de l'impression des jaquettes des albums des 2 artistes. Le Dr est ajouté à celle de JB et depuis JB est devenu Dr JB) eut le génie de conserver tous les éléments de "Batmen Music". Et quand Trefy, un autre opérateur économique installé à Nosy-Be, lui proposa de composer un autre groupe, "Jaguars II" fut né. "Jaguars I" ayant été mené par un autre As du salegy, Din Rotsaka. De par les talents qui les composaient et la puissance financière de Trefy, les deux formations dominèrent la scène musicale du Nord de l'Ile et on va dire que tout Madagascar fut submergé par les nouveaux styles de salegy tels le salegy goma ou le salegy rotsaka. Les soirées s'enchaînaient dans tout le pays; et même, les grandes villes comme Majunga, qui ne cultivent pas trop un amour pour les soirées dansantes animées par un orchestre et des musiciens, ne juraient plus que par ces ambiances. La magie des soirées "Jaguars" avait emballé les Malgaches et allait même se répandre au-delà des frontières: Mayotte, La Réunion, Europe. De son côté, fort de sa grande expérience, Dr JB profita de cet engouement pour accélérer les sorties d'albums tout aussi réussis les uns que les autres et tous avaient connu un succès à leur mesure. Et dans un entretien privé, lorsque je lui ai fait remarquer ce fait, il m'a calmement répondu que sa source d'inspiration était intarissable.
Alchimie des paroles et de la musique
Il est vrai que les paroles de ses chansons, au fil des albums, n'avaient jamais manqué d'inspiration et il les puisaient des faits de la société et de la vie de tous les jours; ça interpelle et ça amuse à la fois les gens. Beaucoup se reconnaissent dans ses chansons. Dr JB savait parler de la société à l'instar des grands chanteurs ouest-africains des années 70-80. C'était là sa grande force. Il maîtrisait l'alchimie entre le maniement des paroles et le rythme de la musique. Aujourd'hui, c'est ce qui manque à la plupart des jeunes talents montants, notamment, dans le monde du "salegy". On regrettera toutefois que ce grand artiste n'ait pas connu un succès sur la scène internationale comme Jaojôby l'a si bien fait, pour représenter le "salegy" et la musique malgache. Il l'aurait mérité car le talent, il l'avait. Mais le parcours assez atypique de cet artiste l'avait trop longtemps confiné dans les terres du Nord et l'avait tardivement fait sortir de ces contrées. Mais Dr JB ne s'en plaignait pas, il fait partie de ces vieux loups, tel Tianjama, qui se complaisent des terroirs, là où ils puisent leurs sources d'inspiration et... de revenus. Aujourd'hui, Dr JB n'est plus. Il aura laissé un grand vide mais, pour beaucoup, on ose l'espérer, ce vide n'aura qu'un sens abstrait. Ses chansons et son souvenir demeurent à jamais éternels.
P.-S.: Je vous livre un clip du tube "Aza m'dérange" de Dr JB avec les derniers éléments qui l'accompagnaient lors de sa dernière soirée à Marseille où il avait subi l'accident cerébro-vasculaire.
*: Le "salegy" est le nom donné à un rythme de musique typiquement malgache, principalement joué et apprécié dans toute la partie nord de Madagascar. C'est le plus connu des sonorités de la riche et très diversifiée Musique malgache sur la scène internationale, notamment, grâce à son plus grand ambassadeur, Jaojôby.
EDDY RABE